VOICE OF NATURE : THE TRIAL – THÉATRE ET JUSTICE RÉPARATRICE

Dans la salle du château de Nyon, les acteurs et l’équipe du Far° festival s’activent pour ranger, nettoyer et remettre la salle en l’état après la représentation. Sur l’immense carte du monde étendue sur le sol, de la terre et du pétrole matérialisent l’écocide subi par la Planète. Le bâtiment a accueilli un tribunal puis une prison, avant de devenir un musée. Ce château a été le témoin de centaines de procès. Grandes fenêtres ouvertes sur le lac Léman et vue imprenable sur le mont Blanc, le lieu était idéalement choisi pour la pièce Voice of Nature : the Trial, de l’artiste Maria Lucia Cruz Correia.

Photos par Maria Lucia Cruz Correia

Pour sa 35e édition, le festival des arts vivants Far° Nyon s’intitule “Organique”. Les oeuvres ont été sélectionnées pour leur façon de questionner notre relation à la nature et à l’autre, aussi bien humain que non-humain. Les organisateurs du festival précisent que “les artistes de cette édition se réapproprient des savoirs ancestraux, collaborent avec des micro-organismes ou examinent comment la législation et la justice peuvent servir l’écosystème”. 

Du 14 au 24 août, la petite ville de Nyon accueille donc un public international, sensible aux problématiques environnementales et sociétales de notre époque. Le cadre est idyllique, mais chaque regard au loin sur le Mont Blanc nous rappelle qu’il est urgent d’agir. Depuis le début de l’année, 70 éboulements ont secoués le massif montagneux. En cause : la fonte rapide du permafrost. Coïncidence, ce dimanche 18 août 2019, une plaque commémorative a été posée sur les restes du glacier Okjökull, en Islande, dont la neige a fondu sous l’effet de l’augmentation des températures. 

Se pourrait-il qu’ici aussi, dans quelques années, il ne reste plus qu’un petit monument, en mémoire de ce qui fut un temps le plus haut sommet d’Europe ? 

C’est dans ce cadre que NatureRights était invitée, afin de présenter les enjeux liés à la préservation des écosystèmes par le biais d’outils juridiques nouveaux. En résonance avec le projet Voice of Nature: The Trial, Marine Calmet, juriste de l’association, présentait la conférence Réparer les crimes contre la Nature. L’occasion d’aborder avec le public la question des droits du Vivant et de la reconnaissance internationale du crime d’écocide, sous l’angle de la justice réparatrice. 

Une conférence qui faisait écho à la pièce immersive Voice of Nature : The Trial. Sur scène Caroline Daish (photo), invite les participants à partager un moment d’intimité, questionnant notre époque et notre rapport à la Nature. Le travail artistique de Maria Lucia Cruz Correia choisit de mettre en lumière le mal qui ronge la planète, amenant le public à prendre conscience de notre dépendance quotidienne au pétrole. Particulièrement marquée par sa rencontre avec les peuples d’Equateur, victimes de la compagnie pétrolière Texaco Chevron, elle réagit aux crimes écologiques de notre époque en proposant un procès théâtral qui examine de quelle manière la législation et la justice peuvent servir les écosystèmes. 

Pour tenter de donner des éléments d’analyse, et de fournir au public un aperçu de ce qui est possible ou impossible d’après la loi, la pièce prévoit l’intervention d’une personne extérieure, un juriste et expert en droit environnemental. Une invitation à laquelle NatureRights a évidemment répondu présent. 

La pièce permet ensuite au spectateur de reconsidérer son lien à la nature, par le biais de témoignages des peuples en lutte, ainsi que d’expériences sonores et visuelles à la rencontre de l’eau, de l’air et des arbres. L’inspiration, l’artiste Maria Lucia Cruz Correia est allée la chercher en se retirant de nombreuses fois en forêt. Au cours de la pièce, elle livre son témoignage : 

“J’ai organisé de nombreuses conférences cosmiques dans les bois J’ai entendu de nombreuses voix Je déclare, ici et aujourd’hui, que la Nature ne veut pas se retrouver devant un tribunal. Du point de vue des « autres qu’humains », il semble logique que la justice n’est là que pour protéger les humains de leurs propres actions. Ainsi les non-humains n’ont besoin que de droits pour être protégés des humains. 

Aucune rivière ne veut se retrouver devant un tribunal. Aucune montagne ne veut se retrouver devant un tribunal. Aucun océan ne veut se retrouver devant un tribunal. La Nature préfère demeurer silencieuse. Ou bruyante, à sa façon. Si la Nature ne veut pas se retrouver au tribunal, peut-on endosser la responsabilité́ de devenir des gardiens de la nature ?”

Voir le reportage :

Le Far et sa 35ème édition: tour d'horizon

«Organique», c'est la thématique choisie, cette année, par le Far°. Durant 10 jours, et jusqu'au 24 août, le festival des arts vivants s'enracine dans l'actualité climatique. Petit tour d'horizon en compagnie de quelques artistes.

Publiée par Nyon Région Télévision sur Mardi 20 août 2019

Maria Lucia a complété cette approche sensible et personnelle en effectuant des recherches sur les travaux de Polly Higgins sur le crime d’écocide et de Femke Wijdekop, juriste et chercheur, à propos de la justice réparatrice.

La justice réparatrice, restorative justice en anglais, est une approche juridique et sociale des conflits environnementaux. 

Les programmes de justice réparatrice travaillent à la guérison des relations dégradées, à travers la recherche des racines du comportement préjudiciable et leur orientation vers la communauté et vers l’avenir. Ces démarches sont notamment soutenue par les Nations Unies dans le cas de violation des droits de l’Homme

Les défendeurs de la justice réparatrice soulignent que celle-ci pourraient être une mesure efficace face aux dommages écologiques et rappellent que “en application de la législation environnementale traditionnelle, les victimes de violations de l’environnement – y compris l’environnement lui-même et les générations futures – ont peu d’occasions d’être entendues et justifiées. Les auteurs d’infractions environnementales qui remboursent leur «dette écologique» par des amendes ne sont pas réintégrés dans la communauté et l’animosité persiste, bien que les auteurs d’infractions et les victimes continuent à vivre dans le même environnement naturel ou à en tirer parti.

Pour justifier cette démarche, la juriste Femke Wijdekop explique sur son site internet www.earthrestorativejustice.org que “la justice réparatrice examine de plus près ce qui est nécessaire pour restaurer à la fois l’environnement et les relations rompues. Il permet aux individus d’exercer leurs droits de participation et de recours, et renforce l’identité et la résilience de la communauté. Les agences environnementales telles que l’Agence de protection de l’environnement australienne victorienne ont commencé à utiliser des conférences sur la justice réparatrice dans les communautés touchées par des dommages environnementaux. Les tribunaux néo-zélandais ont appliqué la justice réparatrice dans un certain nombre d’affaires environnementales, dans lesquelles des éléments naturels tels que des rivières et des arbres ont été représentés avec succès par une victime de substitution lors de conférences sur la justice réparatrice.”

Pour plus d’informations, retrouvez la vidéo TEDX How Law can save the Earth 

La pièce Voice of Nature : the trial amène les spectateurs qui le souhaitent à prendre un engagement à leur niveau pour protéger la planète. De spectateurs, ils deviennent acteurs. “Je ne gaspillerais plus de nourriture”, “Je n’apprendrais pas à conduire”, “Je soignerais ma relation aux autres, avec plus de bienveillance”, “Je planterais mon potager”Un à un, les participants ont rédigé leur lettre d’engagement pour la planète. Cette expérience pédagogique, sensible et engagée est un appel à réparer nos liens à la nature. 

Par Marine Calmet

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