Philosophie des Droits de la Nature

LA NATURE COMME SUJET DE DROIT?

L’idée de considérer la Nature comme sujet de droit pose un certain nombre de questions et interroge notre
conception de la place de l’Homme par rapport à la Nature.
Au fil du temps, la domination d’une économie d’exploitation et de prédation sur l’ensemble des sphères de l’existence, le progrès de la maîtrise technique des humains sur la Nature, ou l’essor d’une pensée étroitement rationaliste ont participé au développement d’une conception strictement utilitariste de la relation entre les sociétés et leur environnement. L’idée de “nature-chose”, devenue fondement philosophique et éthique de notre système actuel, détermine une perception instrumentaliste de la Nature construite sur l’idée qu’elle n’existe qu’au travers de ressources utiles et profitables au développement humain. N’étant plus qu’un stock de ressources, le seul lien envisagé est celui de la gestion.

Cette hyper séparation homme nature a largement contribué à un modèle de développement fondé sur l’exploitation forcenée et court-termiste des ressources naturelles à des fins de profit, à la détérioration de notre habitat naturel, et à l’émergence d’un monde où le profit est au dessus de l’homme et où l’avenir de l’humanité est hypothéqué au bénéfice de quelques uns. Elle a conduit les sociétés humaines à exercer une telle pression sur les écosystèmes qu’un déséquilibre biosphérique planétaire met aujourd’hui en péril la pérennité de l’espèce humaine.

A l’ère de l’Anthropocène, alors que sont dépassées les limites de l’empreinte humaine sur terre, n’est-il pas nécessaire d’interroger les valeurs, les croyances et les paradigmes à partir desquelles la civilisation
moderne s’est déployée?

La notion de «droit de la nature», inspirée des croyances polythéistes et anthropomorphiques des peuples
autochtones, repose sur la conception holistique d’une interdépendance profonde qui relie chaque être à
la “Terre-mère” et nourricière.

Le respect dû à la Terre interdit toute forme d’appropriation ou de domination.
Dans cette vision, tout est interconnecté et interdépendant, et l’homme est partie intégrante de la nature et non pas érigé en son maitre absolu. Cette acception définit un mode de fonctionnement fondé sur le maintien d’un équilibre vital entre les besoins des communautés et ceux de leur environnement naturel, ainsi que au sein des communautés humaines elles mêmes, où le collectif prévaut à l’individualisme. Il en découle un ensemble de valeurs qui définissent des modèles sociaux, politiques et économiques qui ont perduré pendant des milliers d’années parce qu’ils fonctionnent et qu’ils sont durables.

Cette conception apporte une réponse philosophique et spirituelle pertinente.

Alors que le débat public est dominé par la tyrannie d’une vision étroite qui se limite à de simples ajustements techniques de l’existant, évitant toute remise en cause profonde et globale du système, le changement de paradigme civilisationnel qui s’impose requiert le courage de remettre en question nos récits culturels les plus élémentaires, et d’explorer les ressorts psychologiques qui sont à l’origine de la crise.

Parce qu’«on ne résout pas un problème avec les mêmes modes de pensées qui l’ont engendré*», seule une redéfinition profonde des fondamentaux et de la place de homme dans la nature sera un substitut à proposer sur le plan philosophique à l’imaginaire collectif, pour ré-enchanter le monde.

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