Congrès mondial d’agroforesterie – Montpellier 2019

Dans le cadre du 4ème Congrès Mondial d’Agroforesterie organisé du 19 au 22 mai 2019 à Montpellier par le CIRAD et l’INRA en partenariat avec World Agroforestry et Agropolis International, l’Association Française d’Agroforesterie (AFAF) a sollicité les associations et agriculteurs guyanais impliqués dans la valorisation des pratiques d’agroforesterie afin de venir représenter la Guyane lors de cette événement international organisé pour la première fois en Europe.  


Quelque 1 500 « agroforestiers », venant de plus de 100 pays, s’y sont retrouvés pour la quatrième édition du plus grand rassemblement mondial d’agroforesterie, réunissant des chercheurs, décideurs, étudiants, ONG et agriculteurs.

La délégation guyanaise était composée de 5 personnes : 

  • Clemar Iaparra, agriculteur Palikur, fin connaisseur de la forêt guyanaise et de la pharmacopée traditionnelle, membre de l’association Panakuh
  • Jacob Jutte, coordinateur de Panakuh et de l’activité agroforestière de l’association
  • Awce Apolinaire, membre de l’association Nature Humaine Inonoli du village amérindien de Bellevue (Iracoubo)
  • Maxime Cobigo, animateur au PNRG et secrétaire de l’association Nature Humaine Inonoli 
  • Chloé Moulard, coordinatrice du Réseau des Savoirs de la Forêt

 

19 mai 2019 – Journée internationale “Des Arbres Dans Nos Assiettes

Lors de cette journée ouverte au grand public, la délégation guyanaise a mis en place un stand présentant un échantillon de produits issus de la forêt, notamment des graines, des branches de palmiers et des produits frais récoltés sur les abattis de Clemar Iaparra et Franck Nenesse (gingembre, igname, manioc, cacao, roucou…). 

La délégation présentait également une sélection de produits transformés issus des savoir-faire traditionnels commes des huiles naturelles médicinales (coco, carapa, copahu, ricin, tcho tcho, lait de mapa), de l’artisanat (eco-bijoux, vannerie, calebasse), des infusions de plantes locales (citronnelle, cannelier) et des produits agro-alimentaires (couac et confitures de l’association Kudawyada d’Awala Yalimapo). 

Ce fut l’occasion de faire découvrir la Guyane au grand public et de le sensibiliser aux problématiques socio-économiques et environnementales, de faire connaître les actions menées sur le terrain pour valoriser l’environnement naturel exceptionnel, les savoirs et savoir-faire traditionnels et la diversité culturelle du territoire. 

20-22 mai 2019 : Cycles de conférences

  1. AGROFORESTERIE ET SÉCURITÉ ALIMENTAIRE 

Cette conférence était dédiée au rôle de l’agroforesterie et des arbres dans la sécurité et la salubrité alimentaire. En effet, l’agroforesterie est indispensable dans le processus d’adaptation au contexte du changement climatique car il garantie une relation harmonieuse avec la terre en respectant l’eau, la nature et le climat.

Les techniques d’agroforesterie peuvent être adaptées localement à partir de la vision de l’agriculteur, et intégrer spécifiquement les jeunes et les femmes dans le processus.

Kami Malvani, chercheuse à la Charles Darwin University (Australie) 

Etude sur la valeur nutritionnelle des différentes cultures au Sri Lanka.

Son étude montre qu’une haute agrobiodiversité – diversifier sur une même parcelle les cultures à long terme (fruitiers, arbres forestiers), moyen terme (mais…) court terme (potager) – augmente la disponibilité et l’accès à la nourriture sur toute l’année et évite les “saisons de famine”. 

Rowan Reid, agriculteur australien et chercheur 

Comment convaincre les agriculteurs à faire de l’agroforesterie et participer à la reforestation ? 

  1. écouter les besoins et aspirations des agriculteurs
  2. encourager le processus de conception d’un modèle adapté, pas un modèle unique
  3. utiliser la science pour informer les agriculteurs
  4. impliquer la participation des réseaux d’agroforesterie mis en place par les agriculteurs eux-mêmes
  5. diffuser des modèles d’éducation pour les agriculteurs 
  6. soutenir la formation des agriculteurs par les agriculteurs 
  7. Sortir de l’objectif  de la rentabilité

Patrick Caron, High Level Panel of Experts of the UN Committee on World Food Security 

Groupe indépendant créé en 2010 pour aborder les questions de sécurité alimentaire et du rôle de la forêt.

Publié en 2017, le 11e rapport du groupe de travail rappelle que 1,5 milliards de personnes dépendent directement de la forêt. L’arbre et la forêt ne sont pas uniquement une réserve de ressources mais sont sources d’alimentation, d’énergie, d’emplois, de revenus et de services écosystémiques. 

Enjeux : Dépasser la fameuse controverse baptisée il y a une dizaine d’années « land sparing VS land sharing » (épargner ou partager la terre) et penser multifonctionnalité des espaces forestiers. 

Conclusions/recommandations : 

  • promouvoir des institutions visant à réguler localement, nationalement, régionalement, les processus de compétition pour l’usage des terres en tenant compte des attentes des populations dans la forêt et des conséquences environnementales et climatiques.
  • promouvoir la gestion de paysages multifonctionnels qui intègrent la forêt et      l’arbre comme éléments clefs, à investir dans la recherche et la conception de technologies permettant le développement de systèmes agroforestiers durables
  • liens entre les processus techniques et biologiques > repositionner les systèmes alimentaires au coeur de l’agenda de développement durable

Rapport n°11 (résumé) – Gestion durable des forêts au service de la sécurité alimentaire et de la nutrition, 2017.

  1. FINANCEMENT DE L’AGROFORESTERIE & SECTEUR PRIVÉ 

Hervé Bourguigon – Moringa Fund 

Fonds d’investissement de plus de 50 millions dans l’agroforesterie. 

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Tony Simons, Directeur du World Agroforestry Center

Présentation des risques mais aussi des avantages à se tourner vers le secteur privé pour financer l’agroforesterie: compréhension du marché, partage des coûts, financements et instruments innovants. 

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Fondation INVIVO – Rachel Kolbe Semhoun

INVIVO est le 1er groupe coopératif agricole français.  Création en 2016 du fond de dotation pour des projets qui participent à ces 3 axes :

  • aider les agriculteurs à mieux vivre de leur métier (meilleure répartition de la valeur créée, nouveaux relais de croissance..)
  • porter de nouvelles solutions d’alimentation durables (recherches sur de nouvelles protéines, microfilières de productions innovantes..)
  • prendre soin des ressources naturelles (accompagnement vers la transition écologique, logique d’économie circulaire…)

Le challenge est de changer de paradigme, penser l’agriculture positive pour construire dans le même temps des systèmes alimentaires durables et un processus de conservation des ressources intégré.

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Mouvement pour une agriculture du vivant

Association dont la mission est d’accélérer la transition alimentaire et agricole en structurant des filières de produits agroécologiques.

4 leviers : 

  • développement agronomique vers les sols vivants 
  • coopération et structuration de filières agroécologiques
  • pédagogie autour des enjeux du vivant
  • financement de la transition 

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PurProjet – Tristan Lecompte

PurProjet a été fondée en 2008 pour lutter contre la déforestation et le changement climatique. C’est une entreprise sociale qui accompagne les entreprises dans l’intégration de la problématique du climat au coeur de leur chaîne de valeur, afin de régénérer, dynamiser et préserver les écosystèmes, cette approche est appelée Insetting.

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  1. AGROFORESTERIE & CONSERVATION DE LA BIODIVERSITÉ

De nombreuses études scientifiques démontrent l’impact de l’utilisation de systèmes agroforestiers sur la préservation de la biodiversité. 

Exemple du Bénin – Le rôle des jardins domestiques dans la conservation de la biodiversité 

A l’origine, une campagne de sensibilisation aux jardins domestiques avaient été lancée par le gouvernement dans un objectif de sécurité alimentaire, il s’avère que ce dispositif préserve également les espèces végétales natives et non-natives en danger d’extinction, car on trouve dans ces jardins domestiques 11 espèces en danger qui figurent sur la liste nationale.

  1. L’AGROFORESTERIE DANS LES POLITIQUES PUBLIQUES

Vi Agroforestry, Maria Schultz 

Plateforme qui promeut les pratiques d’agroforesterie dans les pays en développement  dans le cadre du Plan Stratégique pour la Biodiversité, Convention pour la Diversité Biologique (Objectifs Aichi-Nagoya, 2014-2020) et de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

L’agroforesterie contribue à au moins 9 des 17 objectifs fixés par l’ONU (Objectifs de Développement Durable), pour cette raison, l’agroforesterie doit figurer dans les politiques publiques nationales et internationales. 

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1-2-TREE, Irene Montes

Fond d’investissement pour la transition de parcelles d’agriculture conventionnelle à des systèmes agroforestiers à grande échelle.

Le challenge est de remédier au manque de biodiversité dans les systèmes d’agroforesterie à moyenne et grande échelle. Il faut établir des zones prioritaires et travailler sur les espèces indigènes. L’agroforesterie doit être valorisée dans le pays et le cadre normatif doit être adapté. 

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PEFC

La certification PEFC (Program for Endorsement of Forest Certification) est le leader mondial de la certification forestière.

PEFC est une ONG internationale qui a pour ambition de préserver les forêts, de garantir le respect de ceux qui y vivent, y travaillent et s’y promènent, mais aussi de pérenniser la ressource forestière pour répondre aux besoins en bois de l’Homme aujourd’hui et pour l’avenir grâce à une gestion durable des forêts. 

En Guyane, la certification PEFC a été délivrée à 

  • 2.4 millions d’hectars de forêt (Nouragues, Trinité…)
  • 6 entreprises 
  • 80 essences guyanaises (angélique, wacapou…)

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  1.   AGROFORESTERIE & OBJECTIFS DE DÉVELOPPEMENT MONDIAUX

Définition de Lundgren et Rainee (1982) : 

    «L’agroforesterie    est un terme collectif   pour des systèmes et des  techniques d’utilisation des terres où des ligneux pérennes (arbres,  arbustes, arbrisseaux et sous‐arbrisseaux) sont cultivés ou maintenus délibérément sur des terrains utilisés par  ailleurs pour la culture et/ou l’élevage, dans un arrangement spatial ou temporel, et où sont exploitées des interactions à la fois écologiques  et économiques, pas forcément stables dans le temps, entre les ligneux et les autres composantes du système».

Objectifs de Développement Durable des Nations Unies (ODD) 

Il n’y a pas de développement durable possible sans synergies entre l’agriculture, les forêts et les arbres. 

FMRN (Farmer-Managed Natural Regeneration) Régénération Naturelle Assistée (RNA) 

La régénération naturelle assistée (RNA) est une pratique agroforestière qui consiste à laisser au cours du défrichement (en saison sèche ou en saison des pluies) un à trois rejets issus des souches des différents arbres et arbustes (entre 20 à 100 pieds à l’hectare selon les espèces) pour qu’ils poursuivent leur croissance.

Objectifs : 

  • protéger les terres contre les érosions hydriques et éoliennes
  • améliorer la fertilité des sols 
  • produire du bois de chauffe, de service et d’œuvre et des produits forestiers non ligneux
  • promouvoir la reconstitution du couvert végétal
  • placer l’agriculteur au coeur du processus de régénération/conservation

Les agriculteurs voient les résultats sur leurs parcelles : augmentation des rendements, meilleure qualité des produits, augmentation de la biodiversité.

Pour télécharger le compte rendu complet du congrès, cliquez ici : 2019.05 Compte-rendu Congrès Agroforesterie

ON PARLE DE NOUS ! 

La Guyane au Congrès mondial de l’agroforesterie, France Guyane en date du 21.05.2019         

Agriculture : le savoir faire ancestral des Amérindiens de Guyane présenté à Montpellier, dans Guyane La 1ère France TV en date du 22 mai 2019

 

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