#JusticeforKrenak : Le combat des Peuples Autochtones du Rio Doce

Nature Rights se joint à la Fondation France Libertés pour soutenir la résistance Krenak et dénoncer la mise en péril de leur mode de vie et de leur identité. Face à l’urgence de rétablir l’équilibre entre la Nature et l’Homme, des actions sont mises en oeuvre pour obtenir la reconnaissance de la violation des droits du fleuve Rio Doce.

Le 5 novembre 2015, la rupture du barrage de Bento Rodrigues, dans l’État de Minas Gerais au Brésil, provoque  l’écoulement de millions de tonnes de boues issues d’une mine de fer exploitée par le groupe Samarco, alliance entre la compagnie australienne, BHP Billiton, et la brésilienne, Vale. Au regard de l’ampleur des impacts cet événement dévastateur est surnommé le « Fukushima brésilien ». “Il s’est écoulé 3 ans aujourd’hui depuis ce crime qui a détruit notre fleuve et notre vie” raconte Geovani Krenak, en visite à Paris pour recevoir le prix de la Fondation France Liberté, décerné au peuple Krenak pour ses actions de résistance face aux multinationales criminelles et au modèle extractiviste.

Le peuple autochtone Krenak, vivant sur les berges du fleuve à 300 km du barrage, a été un des plus durement touché. Les boues toxiques ont contaminé durablement leur eau et leurs terres. Geovani parle de la précarité de leur situation actuelle : “nous avons du mal à tenir, à résister, nous dépendons d’un camion-citerne dans le cadre de ce que le gouvernement et l’entreprise qualifient de “mesures d’urgence” mais qui dure car nous n’avons plus accès à l’eau”.

Le peuple Krenak ne baisse pas les bras pour autant. “Notre démarche actuelle consiste à demander la démarcation territoriale de Sete Saloes, le territoire voisin qui appartenait avant à notre peuple” explique Geovani. Ce territoire est aujourd’hui classé réserve naturelle. Cette partie de la région est relativement préservée ce qui permettrait aux Krenak d’avoir une source d’eau, pour leur consommation et pour la réalisation de leurs rituels. Mais Geovani est assez pessimiste sur leurs chances de succès : “avec l’élection du président Bolsonaro au Brésil, le processus de démarcation va certainement être bloqué. A cause de ses messages de haine envers les Peuples Autochtones, les attaques contre les Krenak vont certainement augmenter et bloquer l’action de la FUNAI (organisation en charge du processus de démarcation des Terres Indigènes).”

La pollution du Rio Doce, un crime contre les droits de la Nature et des Peuples Autochtones

La blessure du peuples Krenak est également spirituelle. “Depuis le crime du Rio Doce, l’esprit du fleuve sacré Watu est mort, destructurant l’ensemble de la communauté et détruisant notre spiritualité” raconte Geovani. C’est ce que disent les anciens au village, maintenant qu’ils ne peuvent plus réaliser leurs rituels sacrés dans l’eau.

Vivant notamment de pêche, d’élevage et d’agriculture, la pollution massive de la vallée du Rio Doce a privé les Krenak de leurs moyens de subsistance traditionnels. “Même avec l’arrivée des blancs, malgré la colonisation, nous avions toujours pu compter sur le fleuve pour avoir de la nourriture. Mais aujourd’hui la situation est impossible à accepter. Depuis la destruction du fleuve, depuis que ce crime s’est produit, il continue à se produire tous les jours car l’impunité perdure” dénonce Geovani.

NatureRights a rejoint ce combat afin de soutenir le peuple Krenak et dénoncer la violation des droits de la Nature.

Car ce crime, la destruction de la vie des Krenak et leur récit, met en lumière la destruction de la Terre mère, communauté unique, indivisible et autorégulée d’êtres intimement liés entre eux, qui nourrit, contient et renouvelle tous les êtres.

Le crime du groupe Samarco, responsable du torrent de boues toxiques qui a causé la mort du Rio Doce et brisé l’équilibre naturel des écosystèmes reste jusqu’ici impuni. Au regard des droits de la Terre Mère, la violation est pourtant évidente. Les actes de la multinationale ont porté atteinte au droit de vivre et d’exister de l’ensemble des êtres composant la communauté de vie du bassin du fleuve, les privant de leur droit à la régénération de leur biocapacité et à la continuité de leurs cycles et processus vitaux, sans perturbations d’origine humaine, droit garanti par la Déclaration Universelle des Droits de la Terre Mère.

Le droit à l’eau comme source de vie, ne peut aujourd’hui plus être assuré et cette terre continuera encore longtemps à souffrir des effets de la déprédation et de la pollution causés par le système capitaliste et extractiviste.

En soutien au peuple Krenak, nous réclamons que justice soit faite, que les coupables soient condamnés et que l’Etat brésilien et les multinationales mettent désormais tout en oeuvre pour restaurer l’intégrité de la Terre Mère, aujourd’hui et à l’avenir. Face au crime du Rio Doce, les pouvoirs publics doivent réagir et établir des lois efficaces pour la défense, la protection et la préservation des droits de la Nature et mettre en place des mesures de précaution et de restriction pour éviter que les activités humaines n’entraînent l’extinction d’espèces, la destruction d’écosystèmes ou la perturbation de cycles écologiques, afin que ces actes ne puissent plus se reproduire.

Refonder notre société sur l’équilibre et l’harmonie avec la Nature, changer notre relation au monde et ainsi garantir l’avenir de notre Planète.

C’est la voie choisie par l’ONG Pachamama. Le 5 novembre 2017, date d’anniversaire de la tragédie de Mariana, le Rio Doce, par l’intermédiaire de l’association, a déposé un recours auprès de la justice de Belo Horizonte pour être reconnu comme sujet de droits, et faire valoir son droit à la vie et à la santé. La procédure suit son cours devant la justice brésilienne.

Cette initiative n’est pas isolée. Les droits des rivières, des fleuves, des glaciers sont défendus dans de nombreux états. La rivière Whanganui en Nouvelle Zélande et le Gange en Inde ont été doté d’une personnalité juridique. En Colombie, l’année dernière, la Cour constitutionnelle a reconnu le fleuve Atrato comme détenteur de droits.

L’évolution des consciences est en marche dans les tribunaux.  “La compréhension que les rivières vivent, et veulent vivre … que certaines sont en train de mourir et qu’il nous appartient de respecter leur droit à la vie …” est le message défendu par l’association Pachamama.

Trois ans déjà que le peuple Krenak se bat pour faire valoir ses droits suite au crime de la multinationale Samarco sur leurs terres, mais Giovani souhaite transmettre un message de courage et d’espoir : « même si le fleuve Rio Doce est mort, il continue à couler dans les veines du peuple Krenak”. Le combat de ces peuples est un appel à bousculer notre vision du monde. Là où nos anciens codes de loi règlaient notre façon de voir et de façonner notre société, il est temps de congédier les dogmes du capitalisme et de faire entrer pleinement la Nature dans l’équilibre fondamental de nos rapports à la Terre mère.

Pour soutenir la campagne Justice for Krenak : https://justicekrenak.com/

Par Marine Calmet

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