Rencontre avec Aimawale Opoya, artiste des maluwana et gardien des savoirs Wayana

Le maluwana, également appelé ciel de case et traditionnellement placé au sommet du carbet d’accueil et de cérémonies du village, afin d’en protéger ses hôtes, est un savoir-faire ancestral des Wayana. Aimawale Opoya, chef du village Taluen fondé par ses ancêtres, a appris cet art auprès de son grand-père, et entend valoriser son peuple et son patrimoine culturel grâce à ses ciels de case. L’acquisition d’un maluwana lui permettra d’organiser un Marake, grande fête traditionnelle fondé sur l’ensemble des savoir-faires Wayana, qui constitue un rite de passage et de purification pour les jeunes.

 

Aimawale Opoya est un bon connaisseur des coutumes de son peuple. Il a été coordinateur socio-culturel du Parc Amazonien de Guyane. Dans ce contexte, il a peu défendre la culture de son peuple, la mieux faire comprendre et la valoriser. Il est également chercheur dans le cadre du projet Sawa, en partenariat avec sa communauté, le Quai Branly, l’université de Nanterre et le musée G. Il procède à des recherches sur l’identité, l’origine et les représentations symboliques Wayana.

 

Un savoir ancestral, conservé par quelques artisans

Aimawale s’est particulièrement spécialisé dans le ciel de case, un moyen de perpétuer ce savoir-faire ancestral de son peuple. C’est de son grand-père qu’il a appris cet art.

 

Le ciel de case porte sur une multitude de mythes fondateurs Wayana. Il existe environ 25 représentations symboliques illustrées dessus, chacune d’entre elles représentant un mythe ou un conte, dont la transmission orale peut aller jusqu’à une heure : esprits de la Nature, animaux dangereux de la forêt et aquatiques que les Wayana ont réussi à maîtriser, grandes batailles… Le ciel de case a une fonction protectrice d’un côté, au sommet du Tukushipan, le carbet communautaire. De l’autre côté, il témoigne des différentes étapes de l’histoire du peuple.

La création du maluwana dispose de sa propre légende qui veut qu’Iselu, se promenant dans la forêt, entendit les flûtes et chants de Tilepanasi. S’approchant, il découvrit alors des personnes dansant sous le Tukushipan et le ciel de case.

Spécialiste de cet art, Aimawale le voit plus comme un calendrier des grands événements et des périodes du peuple Wayana. Cette oeuvre peut être confectionnée à partir de trois bois, et les pigments se trouvent tous de la nature. Aimawale brûle la surface destinée à être par la suite peinte avec un argile qu’on trouve en saison sèche en Amazonie :  un tradition qu’il a appris également auprès de son grand-père.

 

Le Marake, une fête aux racines culturelles immenses

Il a commencé très jeune dans les pratiques des traditions coutumières Wayana : dès 14 ans, il accompagnait son grand-père dans l’organisation communautaire de Taluen. C’est sous son impulsion qu’en 2004 fut organisé un grand Marake, une des traditions les plus importantes de la culture Wayana.

Cette fête centrale dans la culture Wayana, longue de plusieurs jours, permet à de nombreux villages de se rassembler. Le Marake englobe tout le savoir-faire et les pratiques culturelles Wayana : celui qui passe l’etupop apprend les savoir-faires, la musique, le tissage, la vannerie, le travail du bois, la sagesse, le respect et bien d’autres choses encore au cours d’une initiation qui dure six mois et qui s’accompagne d’un jeûne. Les jeunes passent durant la cérémonie une épreuve de douleur, en se faisant appliquer sur le corps des fourmis douloureuses, afin de renforcer et purifier leur corps.

Aujourd’hui, le peuple Wayana se trouve confronté à une lente disparition de son identité culturelle, confrontée à la modernité et à de nombreux changements accélérés dans son mode de vie, engendrant une érosion des pratiques ancestrales, couplée à un désintéressement des jeunes, pris entre ces deux feux.

Aimawale, afin de ranimer les traditions de son village, entend organiser un grand Marake en 2019 : 30% du prix de l’acquisition de ses ciels de case sont consacrés exclusivement à ce projet.

 

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