« L’agroforesterie » : Une alternative en plein développement en Guyane.

Alors que l’ombre du méga projet minier de la Montagne d’Or plane sur la Guyane, l’accompagnement et la valorisation d’initiatives alternatives de développement est aujourd’hui une nécessité absolue pour la région. L’association Nature Rights s’investit depuis plus d’un an à la mise en valeur de projets d’agroforesterie portés par les communautés amérindiennes de Guyane. En juillet 2017, les membres de l’association présent à St-Georges de l’Oyapock avait échangé avec Mr. Roger Labonté, Chef Coutumier du village d’Espérance. Lors de ces échanges, Mr. Labonté avait insisté sur la problématique de l’appauvrissement des sols des abattis de la communauté. Cette problématique d’appauvrissement des sols se retrouve dans la quasi-totalité des communautés amérindiennes. Les pratiques d’agriculture traditionnelle en itinérance sur brûlis se confrontent en effet aujourd’hui à la sédentarisation des communautés. Les abattis sur brûlis qui étaient traditionnellement exploités pendant des courtes périodes (entre 2 et 5 ans), avant d’être laissés en jachère pour se régénérer sont désormais exploités pendant parfois plus de 10 ans. Cette surexploitation des sols a pour conséquence des phénomènes d’érosions et de perte de fertilité avec des conséquences directes sur les quantités de production agricoles pour les communautés. Face à cette problématique, Mr. Labonté et les membres de Nature Rights avaient envisagée la mise en place d’un programme d’atelier de refertilisation des sols grâce aux techniques d’agroforesterie à destination des agriculteurs de la communauté du village d’Espérance

En parallèle, une belle dynamique a été initiée avec l’association agricole Nono’l Dupo wa du village Kali’na de Bellevue dans la commune d’Iracoubo. Ce mardi 19 Juin 2018, la DAAF, l’INRA Antilles-Guyane le bureau d’étude Forest Initiative, en partenariat avec Nature Rights, ont organisés une formation au village de Bellevue sur les pratiques d’agroforesterie, en faisant notamment intervenir des technicien brésilien de l’EMBRAPA et Adilson Gonçalves de la Cooperafloresta . 

A la suite de cette formation, une délégation de l’association  Nono’l Dupo wa, composée de Mr Franck Nenesse et Mr.Samuel Gunther, Mr Adilson Gonçalves de la Coopera Floresta ainsi que Mme Lucie Berthet, stagiaire en charge de la mission « Innovation Agronomique » pour la DAAF et l’INRA, ont été invités par l’association Nature Rights à St-Georges de l’Oyapock du 22 au 24 juin 2018 pour présenter leurs travaux respectifs et échanger avec la communauté Palikur et les représentants des différentes associations du village Espérance (Association Panakuh, Wacapou, Tinogben…) sur les techniques d’agroforesterie. Les objectifs de cette rencontre étaient multiples. Tout d’abord, l’intérêt était de sensibiliser les agriculteurs de St-Georges et de la communauté amérindienne d’Espérance aux pratiques d’agroforesterie. La volonté était également d’initier une dynamique d’échanges inter-communautaires et transfrontaliers de par la présence d’intervenants originaire du Brésil et d’autres communautés amérindiennes de Guyane.

Ce programme d’agroforesterie qui s’est donc déroulé sur trois jours, s’est construit de manière participative et en incluant au mieux les membres de la communauté d’Espérance. Le soutien du Chef Coutumier, ainsi que des différentes associations locales ont en effet faciliter la démarche. Le programme d’agroforesterie a débuté le vendredi 22 juin avec une conférence organisée avec le soutien de la Mairie de St-Georges dans la salle municipale de l’annexe mairie. Cette conférence a été l’occasion pour l’ensemble des intervenants de présenter les principes de l’agroforesterie en se basant sur leurs propres expériences. Les présentations de Franck Nénesse sur la dynamique collective initié au village de Bellevue, ainsi que celle de Adilson Gonçalves Batista sur le processus de création de la CooperaFloresta ont en effet suscité beaucoup d’intérêt.

Echanges entre les participants lors des visites de parcelles

Le programme s’est poursuivi le lendemain avec les visites de deux parcelles en agroforesterie située dans les environs de St-Georges. Ces visites ont permis une meilleure représentation des systèmes agroforestiers avec les différentes techniques d’association de cultures, d’amendements et de fertilisation naturelle du sol.

A la suite des visites, une rencontre avait été organisée entre les intervenants invités par l’association Nature Rights (Franck Nénesse, Samuel Gunther, Lucie Berthet et Adilson Gonçalves Batista), et les membres de l’association agricole Wacapou au local de l’association situé au village Espérance. L’association Wacapou a été créée en 2009 par des agriculteurs du village d’Espérance et compte aujourd’hui une vingtaine de membres. Son principal objectif est la structuration d’une filière de vente de couac, la traditionnelle farine de manioc. Les terres agricoles de l’association sont situées en dehors de Saint Georges, Ces terrains n’ont pas connu une forte exploitation au cours des trente dernières années. De ce fait, la problématique de perte de fertilité des sols n’est pas la même que sur les abattis de la communauté

Rencontre avec les membres de l’association Wacapou

à proximité du village. L’agroforesterie n’est donc pas une nécessité car la production agricole de l’association reste satisfaisante. Néanmoins, la rencontre a été très fructueuse, et l’ensemble des participants ont été curieux et intéressés par ces échanges autour d’autre modes d’agricultures possibles. Une visite des terrains agricoles de l’association a pu être réalisée le lendemain avant le départ des intervenants.

 

 

La dernière journée du programme a été dédié au travail initialement prévu avec le chef du village d’Espérance, Roger Labonté sur son abattit. Une première visite de la parcelle a été effectuée dans la matinée avec les intervenants, les membres de l’association Nature Rights, Roger Labonté et d’autres membres de la communauté. L’abattit de Mr. Labonté est très représentatif de la problématique de fertilité des sols. C’est une parcelle qui appartient à la famille depuis plusieurs dizaines d’années. Sur cette parcelle de plusieurs hectares, une surface d’environ 1 ha en culture de manioc est en exploitation depuis neuf ans. Comme Mr. Labonté l’a expliqué, le rendement et la qualité de ces maniocs ont beaucoup diminué au cours des dernière années. Cette visite a été l’occasion pour les intervenants spécialistes des techniques de fertilisation naturelle des sols d’apporter des conseils sur les pratiques à mettre en place. L’ensemble des intervenants ont insisté sur l’importance de maintenir un sol riche en matière organique et humide en garantissant une couverture végétale du sol grâce aux techniques de paillages.

Adilson Gonçalves et les intervenants lors de la visite de parcelle de Mr. Labonté

L’apport en matière organique et le paillage sont essentiels pour une fertilisation naturelle du sol. De plus leurs intérêts sont multiples. En retenant l’eau, le paillage permet au sol de garder un taux d’humidité pendant la saison sèche. Par ailleurs, le paillage empêche le développement de mauvaises herbes qui peuvent être dommageables pour les cultures. L’apport de matière organique garantit quant à lui une source de nutriment pour les cultures. La technique de la “Terra Preta” associe à l’apport en matière organique brut, un apport en charbon. La structure poreuse du charbon permet au nutriment de se loger dans les pores. Le charbon devient ainsi un réservoir de nutriments facilement disponibles pour les racines des cultures. L’ensemble de ces techniques ont donc été mises en œuvre lors des ateliers pratiques sur les cultures de manioc de Mr. Labonté.

Le bilan de ce premier programme de rencontres et d’échanges autour de l’agroforesterie à Saint Georges de l’Oyapock et au village Espérance 1 et 2 est donc positif. Les objectifs d’échanges inter-communautaire et transnational ont été atteints. L’objectif à plus long terme est de pérenniser ces échanges dans le cadre d’un projet commun de valorisation des pratiques d’agroforesterie. Ce projet devrait s’appuyer sur une dynamique de coopération inter-communautaire et transfrontalière entre les communautés du village de Bellevue, d’Espérance, et les associations d’agriculteurs d’Oiapoque et de Villa Vittoria côté brésilien. Tout cela avec un suivi technique de la CooperaFloresta.

En résumé, l’agroforesterie a encore de beaux jours devant elle en Amazonie guyanaise !!

Facebook
Twitter
Instagram
SOCIALICON