Débat public, le mercure monte entre défenseurs et opposants à la Montagne d’or

Guyane. La Commission particulière du débat public a lancé les premières réunions en avril 2018. Elles seront au nombre de 13, et dureront jusqu’au 7 juillet 2018. Ces réunions s’accompagnent d’une forte mobilisation des opposants à la Montagne d’or, déterminés à faire entendre leurs arguments et leur refus catégorique de voir s’implanter sur leur territoire une gigantesque mine d’or, aux conséquences plus que néfastes pour l’environnement et la population locale.  

Une arrivée mouvementée de l’opposition

La réunion d’ouverture du débat public sur la Montagne d’or s’est tenue mardi 3 avril, à Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane). Le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’est pas passée inaperçue, surtout dû à la présence massive des opposants au projet.

Parmi eux figurent les 500 frères et la Jeunesse Autochtone de Guyane (JAG). Une marche commune a vu défiler entre 150 et 200 personnes venues en soutien, au son des sanpulas (tambours ka’lina).

Dans le public, étaient présents de nombreux élus guyanais, dont le Président de la CTG, Rodolphe Alexandre, le maire de Saint-Laurent-du-Maroni, Léon Bertrand ou encore Jean-Paul Fereira, le maire d’Awala-Yalimapo, lequel s’était prononcé la veille contre le projet à l’occasion d’une réunion publique organisée dans sa mairie, rejoignant ainsi le cercle des politiques guyanais opposés à la méga mine industrielle, ralliant de fait le maire de Montsinéry-Tonnegrande, Patrick Lecante et l’ex-ministre Christiane Taubira.

Face à eux, trois représentants de la Compagnie de la Montagne d’or (CMO) dont son Président, Pierre Paris, des élus et des membres de la Commission particulière du débat public, présidée par Roland Peylet.

Il ne leur a fallu que peu de temps pour prendre conscience de l’ampleur de l’opposition : un sondage par acclamation improvisé par un membre du public, a fait se lever la quasi-totalité des personnes présentes dans l’assemblée, affichant leur désaccord à l’unisson.

Une mobilisation toujours plus forte lors du débat

Et, loin de faire de la figuration, les opposants se sont mobilisés en force pour faire entendre leur point de vue, argumentant et débattant sans relâche face aux élus et aux représentants de CMO.

A la projection d’une vidéo de présentation du projet par le Président de la CMO, le collectif Or de Question a riposté par la diffusion d’un film montrant les dégâts des mines industrielles au Brésil. Pierre Paris, seul représentant de CMO à s’être retourné pour regarder, a été invité à s’exprimer sur le sujet. Sa seule réponse ? “Nous sommes ici soumis à la réglementation française qui nous empêche de faire un certain nombre de choses”.

Une formule reprise par Christophe Pierre, membre de la JAG, lors de son discours énergique salué par une ovation du public présent : “Énormément de choses sont inscrites dans les lois françaises – le pays des droits de l’homme – qui ne sont pas respectées ici [en Guyane]”. Suite à cela, plus de 250 personnes ont massivement quitté les lieux, laissant la salle presque vide, au rythme des tambours ka’lina.

Le départ des opposants n’a ni empêché la suite de la réunion, ni fait cesser les remarques allant principalement à l’encontre du projet minier. 

“Déterminés”, mot d’ordre de la mobilisation

Le débat public va se tenir jusqu’au 7 juillet 2018 et sera animé par de nombreuses réunions et événements publics. Les opposants se sont bien promis d’y assister ! Le collectif Or de question, opposé aux projets industriels d’exploitation minière, regroupant 25 organisations guyanaises et dont Nature Rights est membre, les organisations autochtones et les 500 frères restent fermement unis pour faire barrage au projet de la compagnie Montagne d’or et assurer la contradiction dans les débats.

Comme le rappelle Pascal Canfin, directeur général de WWF France, “avec quatre fois moins d’argent public dépensé en Guyane, on peut créer six fois plus d’emplois dans le tourisme que dans l’activité aurifère et le projet Montagne d’or”. Une réalité que les opposants au projet entendent bien rappeler au gouvernement français.

Marine Calmet & Marie De França

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