La Guyane et le malaise social de ses amérindiens

DOM-TOM situé en Amérique du Sud, la Guyane est soumise à la même législation que la métropole, sans considération des grandes disparités culturelles et naturelles. Cette situation engendre de graves conséquences sur ce territoire et sa population, ethniquement très diverse.

 

La Guyane française est officiellement devenue un département d’outre-mer français en 1946. Elle est donc sujette à la même législation que la métropole, malgré les grandes disparités culturelles et naturelles : un territoire recouvert à 90% de forêt amazonienne, plus de 25 ethnies différentes, six peuples autochtones qui représentent 5% de la population locale,… Malgré tout, la même administration s’applique indifféremment, ce qui a engendré de graves conséquences et a déstabilisé le modèle communautaire du village familial semi-nomade.


Les villages traditionnels ont dû se fixer en communes autour des services offerts. Cela a entraîné un épuisement de sols et un surpeuplement des villages qui alimentent la forte misère sociale. Les nouvelles fonctions administratives se sont heurtées aux chefferies traditionnelles, au détriment de ces dernières. Le modèle économique occidental est mal compris dans cette région où l’argent n’avait auparavant qu’une valeur purement artificielle. Il a enrichi quelques uns, perverti les relations sociales et contribué à une monétisation de toute activité, même les traditionnelles et la transmission des savoirs. L’éducation est particulièrement destructrice de la culture autochtone :  les langues traditionnelles n’y sont pas reconnues, les programmes pas adaptés, l’absence d’infrastructure force les enfants à faire plusieurs jours de pirogue pour aller à l’école, l’éducation traditionnelle et les savoirs ancestraux sont abandonnés,… Tout cela pour une éducation défaillante, puisque la Guyane a le plus haut taux d’échec scolaire des régions françaises. On observe ainsi une perte massive de l’identité culturelle des communautés. 

 

Pourtant, le modèle occidental reste vu comme la norme suprême à suivre. Les savoirs traditionnels et le milieu naturel sont fréquemment dénigrés et abandonnés. Cela engendre une grande frustration chez les jeunes générations, désireuses mais incapables d’atteindre ce modèle au vu du caractère inadapté de leur environnement. 

 

La réalité en Guyane, c’est 40% des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage. 60% du territoire n’est pas accessible par voie terrestre, ce qui complique la présence des infrastructures de base. Quant aux rares mises en place, elles sont gangrenées par la corruption. Entre ingérence et abandon, la frustration envers le gouvernement français est palpable. Les plus touchés sont les peuples autochtones. L’article 1 de la Constitution française proclame le caractère indivisible de la République française, et cette dernière prône une politique d’assimilation plus que d’intégration.

Maluwana du Tukusipan du village d’Elahe

La France ne nie pas seulement aux peuples autochtones leurs droits, elle nie leur dénomination. Refusant d’employer le mot autochtone, elle les considère comme des “communautés tirant traditionnellement leurs moyens de subsistance de la forêt”. Non contente de ne signer aucun texte international qui leur accorderait quelque protection, elle en ralentit considérablement les négociations.

 

Le malaise social se traduit en conséquences tangibles : le taux de suicide chez les jeunes amérindiens est 10 à 20 fois plus élevé qu’en métropole. Beaucoup de problèmes sont à régler, particulièrement celui de l’accès au foncier. Ainsi, la France considère les terres guyanaises comme “territoires sans maître”. C’est une conception radicalement différente de la propriété communautaire amérindienne. Dans les années 80, après un premier mouvement de revendication autochtone, les Zones de Droit d’Usage furent créées, accordant des terres aux communautés. Même si cette initiative est louable, l’usage ne renvoie qu’à la simple subsistance des peuples, et on peut jouer largement sur ce mot.

 

En mars-avril 2017, la contestation populaire qui a animé la Guyane a relancé les revendications autochtones. Les six nations se sont réunies en plusieurs associations afin d’agir collectivement. La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme a très justement écrit dans son rapport de 2017 que “les changements trop radicaux et unilatéraux issus de la “francisation” des années 60-70 ont déstabilisé ces peuples amérindiens et fait naître chez les plus jeunes générations des interrogations sur leurs racines culturelles, ouvrant la voie au développement du mouvement amérindien.”  Désireux de regagner leur culture et de se réapproprier les savoirs traditionnels de leur communauté, les jeunes amérindiens se mobilise. La Jeunesse Autochtone Guyanaise a convoqué en 2017 pour la première fois, un Sommet autochtone, afin de créer un front commun et de déterminer ensemble les priorités. La reconnaissance des droits des peuples autochtones par le gouvernement français figure en bonne place sur la liste des revendications, tout comme la récupération de leur identité culturelle, leur autonomie alimentaire et leurs terres sacrées. Des revendications en bonne voie de réalisation : dans l’Accord de Guyane, il est ainsi prévu que l’Etat rétrocède aux peuples autochtones et bushinengés 400 000 hectares de territoire.

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