Brésil 2011

Un beau voyage qui a transformé nos destins. Merci à Barbara Veiga, Naziha Mestaoui et Rodrigo Lanza pour leurs belles images dont on aura bien des utilités… et à Iban qui nous a guidé dans ce parcours initiatique, et à Haru, pour son invitation, et aussi à Solen, qui nous a « envoyé là bas, et pour ses textes.
Nous avons rencontré de nombreux peuples indigènes, et toute la question de leur identité culturelle décimée, reconstituée, tant bien que mal, transmise, souhaitée…

la carte :
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Kuntanawa

Les Kuntanawa (« peuple de la coco ») comprennent une population de 370 membres vivant dans l’Acre, Brésil. Le Corredor Pano est un mouvement d’affirmation identitaire fondé en 2010 par le jeune leader Haru Kuntanawa. Ambitieuse, l’intention du mouvement est de réunir les 40 000 indigènes du tronc linguistique pano (8200 au Brésil, 30000 au Pérou, 800 en Bolivie, populations occupant une surface totale de 100 millions d’hectares) dans un projet d’articulation des communautés, destiné à renforcer l’engagement environnemental, à lutter contre la biopiraterie et à améliorer les conditions de vie en général des communautés.

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Les Huni kuin / Kaxinawa

Les Huni kuin (« les gens vrais ») sont présents au Brésil et au Pérou. Dans l’Acre, la population de plus de 4000 individus est répartie sur 11 terres indigènes appartenant à 5 municipalités différentes (Tarauaca, Jordao, Feijo, Marechal Thaumaturgo et Santa Rosa), soit un total de 633 213 hectares. L’Association des Seringueiros Kaxinawa du Rio Jordao (ASKARJ) créée en 1987 est l’une des organisations principales du peuple huni kuin, dont le président, Sia, est également le cacique général de toute la population acréenne. Cette organisation a été soutenue par WWF et Reebok en 1993 afin de racheter des terres et a obtenu le Prix Chico Mendes pour l’Environnement en 2008. Le peuple a été l’objet de quelques études ethnographiques approfondies levant le voile sur la complexité et la richesse de son matériel traditionnel (notamment sa cosmovision et ses représentations picturales). Aujourd’hui, de nombreux centres à la fois éducationnels, thérapeutiques et sanctuaires de la tradition spirituelle sont en développement dans les villages kaxinawa de l’Acre. Le ministère de la Culture et d’autres organisations intéressées par la culture millénaire contribuent à l’élaboration de ces projets « alternatifs ». La culture huni kuin comprend la langue traditionnelle, les danses, les remèdes, les médecines, les manières de vivre, les prières. Elle est maintenue vivante depuis 1500 ans et revalorisée aujourd’hui dans un contexte nouveau, les grands leaders ayant presque tous été exterminés, 30 ans s’étant écoulés sans la réalisation d’une fête traditionnelle et sans communiquer ouvertement dans la langue traditionnelle devenue interdite. Après 15 ans d’efforts de récupération de la langue traditionnelle, en 2011, environ 70% des enfants la parlaient.

Perspective stratégique du cacique général, Sia Kaxinawa, novembre 2011 :
« Tous les arbres souffrent de problème. Toute la forêt est abattue. Il y a un moment où il faut savoir se contrôler. Nous devons travailler ensemble. (…) Ceux qui détruisent ont une pensée qui détruit, ils ne veulent pas savoir beaucoup. (…) Nous sommes très riches de la forêt, d’esprits, de cultures et d’histoires, mais on est très pauvres en terme de commercialisation ; il est temps de faire cette mathématique. Nous devons découvrir comment gérer notre richesse, aller plus vite. »

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Ashaninka

Les Ashaninka (« les parents ») sont présents dans l’Acre brésilien et au Pérou. D’un effectif total estimé entre 25000 et 45000 membres, réparti sur plus de 200 communautés et divisé en sept sousgroupes, ils représentent le plus grand groupe indigène du côté péruvien ; seulement quelques centaines d’Ashaninka vivent le long de la frontière brésilienne. Leurs terres ancestrales sont au Pérou. Dans les années 2000 ils ont obtenu un titre légal pour une portion de celles‐ci, devenue le Parc National d’Otishi.

Les Ashaninka ayant fui au Brésil ont aussi obtenu des droits fonciers en 1992. La communauté Apiwtxe près de Maréchal Thaumaturgo est un centre d’échanges de savoirs reconnu par toutes les tribus de la région transfrontalière et même internationalement ; la Fondation Mitterrand (France) a notamment appuyé la construction de Yorenka, Ecole de la Sagesse de la Forêt.

Benki Piyanko fondateur de cette école explique : « Nous commençons stratégiquement à unir les savoirs du passé dont nous sommes détenteurs, pour défendre nos droits et même pour mieux comprendre notre science. Ici nous n’excluons pas les savoirs mais nous les unissons pour pouvoir aller sur le meilleur chemin. (…) Ecrasés, battus, nous avons manqué de force spirituelle ; nous nous sommes éparpillés pour résister aux Espagnols au Pérou ; nous devons maintenant apprendre à dépasser la fragilité provenant de la désunion. Nous devons nous respecter, mettre de l’ordre et du sentiment et construire. Si nous savons orienter notre peuple, nous allons faire la civilisation des mondes académique et scientifique. »

Ces dernières années, l’Apiwtxe a planté sur ses terres quelques 70 000 arbres de grande taille provenant de 160 espèces. En 2010, 200 kgs de graines ont été récoltés et offerts à une communauté du nordeste (à cette occasion, l’Apiwtxe a fait état de son ressenti concernant la complication bureaucratique pour planter des arbres en comparaison de l’apparente facilité pour les abattre). La communauté a également développé des élevages de poissons, de tortues, d’abeilles et des systèmes agroforestiers exemplaires pour les communautés voisines. L’apiwtxe interpelle le monde : « Les dommages du passé n’ont pas été seulement ceux causés aux arbres mais aussi des dommages moraux ayant menacé la vie de notre peuple. Nos savoirs et nos connaissances ayant été exterminés, nous sommes fragilisés dans nos manières de vivre. Nos droits d’êtres humains ont été reniés. Même si des contrats commerciaux ont été signés entre des peuples indigènes et des entreprises extractivistes, les entreprises sont redevables pour les conflits internes et la pauvreté qu’elles induisent dans les communautés. Les entreprises n’ont pas planté le développement. » (2011)

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Puyanawa

Les Puyanawa (« des oiseaux qui bougent leurs plumes pour manifester leur joie de vivre dans la nature ») vivent dans la municipalité de Masolima, Acre, Brésil, sur un territoire (démarqué en 1999) de 24 499 hectares. La communauté abrite 535 personnes. En 1913, le peuple comptait 800 indiens ; aujourd’hui, seulement 38 individus sont considérés comme purs puyanawa, dont 17 vivent en dehors de la communauté (le peuple a notamment souffert d’une large épidémie de paludisme et d’une mise sous les ordres d’un colonel asservissant, interdisant les mariages entre indiens et tuant nombre d’entre eux).
En 2008, alors que peu de gens s’intéressait à la tradition ancestrale puyanawa, un processus spirituel important a émergé dans la communauté : des jeunes sont rentrés en trance ou sont tombés malades, des chamanes de peuples voisins ont été appelés et le chef qui était évangéliste s’est reconverti à la tradition indigène. Cela a entrainé un engouement pour la revalorisation culturelle. La communauté a par la suite accueilli les premiers Jeux Olympiques Indigènes, accueillant 800 personnes de 14 ethnies de l’Acre. L’Association Agroextractiviste Puyanawa Barao Ipiranga développe aujourd’hui des projets d’agro‐foresterie, de démarcation végétale des terres, de rachat/reforestation de zones frontalières et d’ethno‐tourisme.

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Yawanawa

Les Yawanawa (« peuple sanglier ») vivent sur la Terre Indigène du Rio Gregorio, situé dans la municipalité de Tarauaca, Acre, Brésil. Il s’agit d’un territoire (démarqué en 1984) de 213 000 hectares, desquels 98% sont constitués de forêt vierge. Les Yawanawa ont une population d’environ 720 membres, répartie sur 7 villages. Le développement socio‐économique et la vie politique du Peuple sont l’objet de deux organisations: la Coopérative Agro‐Extractiviste Yawanawa du Rio Gregorio et l’Association Socio‐Culturelle Yawanawa (plus récemment créée).
Le peuple yawanawa a été l’un des précurseurs du mouvement indigène régional, il a créé le format du ‘festival culturel’ destiné à faire renaître et reconnaître les pratiques et rituels du passé. Il a inspiré les communautés voisines à reprendre l’usage du cocard de plumes comme instrument de représentativité politique. Il a récemment vu des femmes emprunter le chemin de formation spirituelle auparavant réservé aux hommes: les premières femmes chamanes yawanawa ont reçu un hommage du gouvernement de l’Acre comme exemples de développement social. Un des leaders de la communauté, Joaquim Tashka, est entrepreneur social Ashoka.

Yawanawa Documentary | Presentation Teaser from Storm Network on Vimeo.

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